GTA 6 : la croisade anti-woke ne sait plus comment s'attaquer à Lucia et Jason
Dans une analyse publiée le 12 septembre, WIRED décrit comment le mouvement anti-woke américain s'en prend à GTA VI à cause de son héroïne, de son Miami métissé et de la relation entre Jason et Lucia — souvent avec une simple séquence du trailer Netflix comme preuve. Même à droite, certains refusent d'entrer dans la danse, à commencer par Nick Fuentes. Avec 5,28 millions de précommandes et plus de
Réponse directe
Rien ne prouve que Grand Theft Auto VI soit un manifeste politique, et la campagne menée contre lui ne devrait pas lui coûter une seule vente. Ce que décrit WIRED est un réflexe plus familier : une guerre culturelle qui se déclenche avant même la sortie du jeu — et qui, cette fois, a choisi une cible bien trop populaire pour être abîmée.
Pendant treize ans, les détracteurs de la série l'attaquaient au nom de la violence, du sexe et de la criminalité. Dans une longue analyse publiée le 12 septembre, Miles Klee relève que l'argument s'est discrètement retourné : au lieu de craindre que les enfants ne deviennent des voleurs de voitures, une partie de la droite américaine craint désormais qu'ils ne deviennent « wokes » (WIRED).
Les preuves tiennent dans un extrait de trailer
Rockstar a annoncé vouloir représenter son décor inspiré de Miami — Leonida — avec la diversité de la vraie ville, et confier le premier rôle à un personnage féminin réellement écrit, une première pour la série. L'Extended Look de 27 minutes diffusé sur Netflix et une série de fuites ont montré ce que cela donne : Lucia Caminos et Jason Duval, un couple que le joueur peut faire vivre.
Cela suffit à la polémique. WIRED cite un compte X pour qui GTA 6 est « un rituel d'humiliation pour tous les joueurs masculins », à cause d'une scène où Lucia demande à Jason de choisir sa tenue. Un autre internaute en déduit que Jason a « une vibe gay », puisque aucun homme hétéro ne saurait ce que sont des sequins ni ne prononcerait le mot « cocktails ». Un youtubeur a décrété que montrer Jason torse nu signifiait la fin des « GTA masculins et edgy » : à ses yeux, le jeu ressemble à un « festival woke ». Un dernier assure que le titre va laver le cerveau des joueurs à coups de « bisexual lighting » (WIRED).
La suite est plus grossière encore : le corps de Lucia, la photo des employées du studio écossais publiée en 2019 pour la Journée des droits des femmes et ressortie avec des commentaires sarcastiques, ou un montage généré par IA qui remplace une femme racisée de la jaquette par une blonde en bikini (WIRED).
Une rancoeur qui a une histoire
WIRED retrace la chronologie : en 2022, le remaster de GTA V supprime des blagues et des PNJ jugés transphobes, ce qui provoque des plaintes ; en 2023, après le premier trailer, des trolls affirment sans preuve que Lucia serait une femme trans ; le mois dernier, l'ancien dirigeant Mark Kern dit trouver Lucia attirante et ses abonnés lui répondent par des messages ouvertement racistes et misogynes (WIRED).
Même la droite ne suit pas uniformément
Ce que l'article montre surtout, c'est que l'offensive n'a pas de ligne de front. Le streamer Zack Hoyt, alias Asmongold, et le nationaliste blanc Nick Fuentes s'en tiennent à une position d'attente — Fuentes a même conseillé à un spectateur qui soulevait le sujet d'« aller dehors, toucher de l'herbe » (WIRED).
L'argument commercial s'effondre de la même façon. WIRED cite une estimation de 5,28 millions de précommandes, soit plus de 500 M$ de revenus, pour un jeu dont le budget dépasserait le milliard de dollars — une somme que le studio pourrait récupérer dès le jour de la sortie.
Pourquoi cette polémique ne ressemble pas aux autres
La franchise a survécu à toutes les paniques morales depuis 1997 : les années Jack Thompson, le scandale « Hot Coffee » de 2005, la sortie de GTA V en 2013. À chaque fois, le débat portait sur ce que le jeu permet de faire. Cette fois, il porte sur ceux à qui il s'adresse — et, comme le note WIRED, sur très peu de choses que quiconque ait réellement vues. Là où les anciennes batailles avaient des élus et des associations de parents derrière elles, celle-ci vit surtout sur X et YouTube, face à un jeu déjà vendu à des millions d'exemplaires.
Vice City est fictive ; son public ne l'est pas. Que la colère retombe ou non, le marketing et les chiffres de la première semaine parleront bien avant tout débat sur des sequins.