GTA 6 : l'audience finale du procès entre Rockstar et 31 salariés licenciés s'ouvre cette semaine
L'audience finale du tribunal du travail opposant Rockstar à 31 développeurs de GTA 6 licenciés débute le 10 septembre et doit durer jusqu'au 16 octobre. Le syndicat IWGB affirme que les salariés ont été licenciés et blacklistés pour leur activité syndicale ; Rockstar évoque des ruptures de confidentialité. Les employés réclament leur réintégration ou des dommages.
Le dossier entre dans sa phase finale
Deux semaines après la diffusion de « An Extended Look » sur Netflix, et à un peu plus de deux mois de la sortie de Grand Theft Auto VI, Rockstar Games retourne à la barre — non pas devant un tribunal pénal, mais devant le tribunal du travail. L'audience finale du litige qui oppose le studio à 31 anciens employés de Rockstar North, licenciés en octobre 2025 alors qu'ils travaillaient sur GTA 6, s'ouvre jeudi 10 septembre devant le Glasgow Employment Tribunal et doit se poursuivre jusqu'au 16 octobre. L'affaire est portée par l'Independent Workers Union of Great Britain (IWGB), le syndicat des salariés licenciés (Eurogamer, IWGB).
Ce que reproche le syndicat
L'IWGB soutient que les salariés ont été licenciés de manière illégale en raison de leur engagement syndical, puis blacklistés — une pratique qui consiste à compiler des informations sur des travailleurs syndiqués pour faciliter leur discrimination. Le syndicat dénonce aussi la procédure : aucune procédure disciplinaire, aucun droit de recours. Rockstar répond que ces licenciements reposaient sur une faute grave, pointant des messages échangés dans un canal Discord privé de l'IWGB qui auraient violé les accords de confidentialité. Les employés assurent de leur côté qu'ils y discutaient de salaires et de questions RH — précisément le genre d'échanges qu'un canal syndical est censé accueillir (Eurogamer).
Un chemin semé d'embûches jusqu'à l'audience
Rockstar avait tenté, plus tôt dans l'année, de faire écarter les allégations de blacklisting. Le tribunal a rejeté cette requête : le studio devra donc répondre de ces accusations en détail lors de cette audience finale (IWGB). Les conditions du licenciement ont marqué les esprits : les employés présents au bureau ont été convoqués, licenciés avec effet immédiat et raccompagnés hors des locaux. Ceux qui télétravaillaient ont appris leur sort lors d'appels d'environ deux minutes, avant d'être verrouillés hors de leurs comptes. L'un des salariés licenciés, Will Mesilane, a dû rentrer en Australie après que Rockstar a retiré son visa de travail et l'a signalé au Home Office, sans lui laisser la possibilité de faire appel (IWGB).
L'affaire a dépassé le cadre du studio. Des manifestations ont eu lieu devant les bureaux de Take-Two, la maison mère de Rockstar, à Londres, Paris et New York. La question a été soulevée lors des questions au Premier ministre, et l'ancien Premier ministre Keir Starmer avait déclaré : « Chaque travailleur a le droit d'adhérer à un syndicat, et nous sommes déterminés à renforcer les droits des travailleurs pour qu'ils ne subissent pas de conséquences injustes pour avoir fait partie d'un syndicat » (Eurogamer).
Ce que demandent les 31 salariés
Les anciens employés réclament leur réintégration ou, à défaut, une compensation financière, ainsi qu'une reconnaissance formelle par le tribunal du caractère abusif de leur licenciement (Eurogamer). Ils ne demandent pas aux joueurs de boycotter GTA VI : ils les invitent plutôt à contribuer à un fonds juridique destiné à couvrir les frais considérables du dossier. Jason Lewis, ancien employé et membre de l'IWGB, témoigne : « Pendant près d'un an, la vérité sur ce qui nous est arrivé a été enterrée par Rockstar et entourée de spéculations. Aujourd'hui, nous avons enfin la chance de la faire entendre » (Eurogamer). Le président de l'IWGB, Alex Marshall, résume le sentiment du syndicat : « Nous croyons que Rockstar a tenté de s'en tirer en bafouant les droits du travail » (Eurogamer).
Un contexte plus large
L'affaire se déroule en parallèle de négociations entre Rockstar et l'IWGB sur une reconnaissance syndicale formelle. Si un accord aboutit, Rockstar deviendrait le plus grand studio de jeux syndiqué et reconnu du Royaume-Uni. Le conflit a par ailleurs donné naissance à la Rockstar Game Workers Union, qui continue de grossir et formule d'autres accusations contre l'entreprise : pratiques de crunch, utilisation des primes comme moyen de pression et inégalités salariales liées au genre (Eurogamer).
La suite
L'audience doit se tenir du 10 septembre au 16 octobre, soit quelques semaines seulement avant le lancement de GTA 6, prévu le 19 novembre. Quel qu'en soit le résultat, il sera rendu sous les projecteurs de la plus grande sortie de l'histoire du divertissement — et pourrait faire jurisprudence sur la manière dont l'industrie du jeu traite les travailleurs qui s'organisent.
Mise à jour — 9 septembre : l'affaire gagne la presse généraliste française
À la veille de l'audience, l'affaire sort du cadre des médias spécialisés pour gagner la une de l'actualité française. Le 9 septembre, Le Figaro, l'un des plus grands quotidiens du pays, publie dans sa rubrique Vie professionnelle, avec l'AFP, un reportage consacré au coût humain des licenciements d'octobre 2025. Son titre donne la parole aux salariés licenciés : « Nous avons perdu nos emplois, nos revenus, notre communauté » (Le Figaro).
L'article rappelle que la sortie très attendue de GTA VI « est également le théâtre d'un procès découlant d'une vague de licenciements de plusieurs dizaines de personnes », et reprend les éléments rapportés par l'AFP : l'audience se tient du 10 septembre au 16 octobre devant le tribunal du travail de Glasgow, à quelques semaines du lancement prévu le 19 novembre (Le Figaro). Pour les 31 anciens employés, cette couverture grand public à la veille de l'audience confirme que leur combat n'est plus une simple affaire d'industrie : il est désormais raconté, avec leurs mots, au grand public.
Mise à jour — 2026-09-10 (ouverture de l'audience)
L'audience finale s'est ouverte le 10 septembre, et les salariés licenciés ont porté leur cause autant à l'extérieur de la salle qu'à l'intérieur. Aux abords du Glasgow Tribunals Centre, des soutiens se sont rassemblés avec des banderoles de l'IWGB et des pancartes artisanales — « What's disgusting? Union busting » ou « 404: Rockstar's respect for workers not found » — au moment où le dossier entrait enfin dans sa dernière phase (Eurogamer ; PC Gamer).
Le temps fort de la matinée a été le discours de Rachel Crawford, ancienne employée de Rockstar ayant travaillé sur Grand Theft Auto V et Red Dead Redemption 2, et l'une des personnes licenciées en octobre 2025. Filmée par le cofondateur de l'IWGB Game Workers, Austin Kelmore, Crawford raconte avoir été licenciée le 30 octobre 2025 « sans avertissement et sans même obtenir de réponse claire sur ce que j'aurais fait pour le mériter », précisant qu'en quelques minutes elle s'est retrouvée « à la porte, humiliée et honteuse » (PC Gamer ; Eurogamer).
« Le monde du travail moderne fonctionne sur la peur : la peur de s'exprimer, la peur d'être puni, la peur d'être licencié, de perdre ses moyens de subsistance et même son logement », a-t-elle déclaré. Elle décrit cette peur comme ce qui « ferme nos esprits, nos cœurs et nos horizons » et « nous rend petits, tristes et sans espoir » — avant de la retourner : « Mais aujourd'hui, nous combattons la peur. Cette audience tant attendue est l'occasion de remettre la peur à sa place, en dessous de nous. Au cours des cinq prochaines semaines, nous affronterons la peur et montrerons que nous refusons d'être réduits au silence » (Eurogamer).
Crawford a aussi tourné son propos vers l'extérieur de la salle, rappelant que nombre de ses anciens collègues « ont repris le flambeau du syndicat » pour réclamer « la reconnaissance, la protection et le pouvoir que la peur leur a trop longtemps refusés », et concluant d'une phrase simple : « L'union fait notre force » (Eurogamer). Comme avant l'audience, le message aux joueurs n'est pas de boycotter GTA VI, mais de soutenir le fonds juridique des salariés (Eurogamer ; PC Gamer).
Le cadre juridique reste inchangé : Rockstar doit désormais répondre dans le détail des accusations de licenciement abusif et de blacklisting, après avoir échoué à faire écarter l'affaire plus tôt dans l'année, et l'IWGB réclame pour les 31 anciens employés soit leur réintégration, soit une compensation, ainsi qu'une reconnaissance formelle par le tribunal du caractère abusif des licenciements (Eurogamer). L'audience devrait durer environ cinq semaines, jusqu'à peu avant la sortie de GTA VI le 19 novembre.
Mise à jour — 2026-09-11 (la défense de Rockstar)
Les deux parties ont exposé leurs conclusions d'ouverture au début de l'audience à Glasgow, et le dossier s'est resserré autour d'une seule question : ce qui s'est dit sur un serveur Discord privé de l'IWGB, et qui écoutait (Eurogamer).
Le récit du syndicat est le plus marquant. L'IWGB affirme que Rockstar a « surveillé clandestinement » ce serveur via une taupe depuis « au moins » février 2024 — plus de deux ans et demi — et que sa déclaration d'ouverture documente des dizaines de réunions entre le personnel de cybersécurité de Rockstar et cet informateur sur environ 21 mois, avec une nette accélération autour d'octobre 2025, quand le syndicat franchissait le seuil de 10 % d'adhésion nécessaire à sa reconnaissance au Royaume-Uni (Eurogamer ; Rock Paper Shotgun). Pour les anciens salariés, la coïncidence est trop commode : après presque deux ans de surveillance sans sanction disciplinaire, Rockstar aurait découvert des manquements exigeant un licenciement immédiat précisément au moment où le syndicat devenait reconnaissable (Eurogamer).
Rockstar conteste cette lecture. Le studio maintient que les licenciements portaient sur des fuites d'éléments de jeu, d'avancement et de calendrier de lancement, et non sur l'activité syndicale, et affirme ignorer que les personnes visées s'organisaient (IGN). Sa note d'ouverture décrit au contraire une « culture de confidentialité ancrée », estimant que « protéger les secrets du gameplay et du design uniques revient à ce qu'Apple protège l'iPhone ou que Coca protège sa formule » — et que Rockstar adopte « la posture de sécurité d'une banque de Wall Street » (IGN ; Eurogamer).
Le détail le plus repris est ce dispositif sécuritaire lui-même : NDA obligatoires pour les visiteurs, prestataires escortés par la sécurité, télétravail fortement restreint, clés USB interdites, photographie prohibée et appareils personnels bloqués de l'accès aux systèmes Rockstar. L'entreprise dit même avoir dû poser des films opaques sur ses bâtiments après que des drones ont tenté de photographier à travers les fenêtres des bureaux, et cite la fuite par hameçonnage de 2022 (des dizaines de vidéos de développement inachevé) ainsi que la récente tentative de chantage liée à CyberLeek, qui aurait effacé 2 milliards de dollars de la valeur boursière de sa maison mère (IGN ; Eurogamer).
Question échelle, IGN chiffre le total des licenciements à 34 — 31 au Royaume-Uni et trois au Canada. L'audience doit se poursuivre jusqu'aux environs du 16 octobre, maintenant l'affaire vivante jusqu'aux dernières semaines précédant la sortie de GTA 6, le 19 novembre (IGN).
Mise à jour — 2026-09-12 (l'affaire du dispositif de sécurité prend de l'ampleur)
En l'espace d'une journée après la publication de la note d'ouverture de Rockstar, le dispositif de sécurité a cessé d'être un simple épisode du litige social pour devenir le sujet principal. Dark Horizons, GameSpot et l'agrégateur new-yorkais Northeast Times ont tous mis en avant les mesures « extrêmes » du studio, et le détail qui a le plus circulé était absent de la première vague de reprises : une cellule anti-fuite dédiée, composée de cinq enquêteurs à plein temps et d'un directeur, chargée de surveiller les divulgations potentielles (Northeast Times).
Le suivi d'IGN détaille l'historique de ces mesures. Rockstar affirme que des drones pilotés par des tiers photographiaient les employés à travers les fenêtres de ses bureaux, ce qui l'a contraint à poser un film opaque sur les vitres ; le stockage externe est interdit sur site, la photographie est prohibée pour tous les visiteurs et le télétravail fortement restreint (IGN). La note recense aussi les salariés licenciés pour fuites les années précédentes — un à Lincoln, au Royaume-Uni, en avril 2025, un aux États-Unis en novembre 2023 et un en Inde en novembre 2025 (IGN).
L'enjeu est chiffré. Rockstar soutient que si les messages Discord au cœur du dossier avaient été rendus publics, ils auraient pu peser sur le cours de Take-Two, rappelant que lors de l'annonce du report de six mois de GTA 6 au 19 novembre 2026, la valeur boursière de l'entreprise a chuté de 3,75 milliards de dollars en une seule journée (IGN). Le studio répète la comparaison rapportée le 11 septembre — protéger les secrets du jeu revient à ce qu'« Apple protège l'iPhone ou Coca sa formule » — et sa prétention à adopter « la posture de sécurité d'une banque de Wall Street ».
Le fond juridique reste inchangé : pour l'IWGB, les 34 licenciements relèvent de l'activité syndicale ; pour Rockstar, de fuites d'éléments de jeu. L'audience de Glasgow se poursuit jusqu'aux environs du 16 octobre, quelques semaines avant le lancement (IGN).
Mise à jour — 27 octobre 2026 (une date et un vote)
L'audience a désormais une fin, et les négociations évoquées plus haut un calendrier. Les plaidoiries finales sont fixées aux 17 et 18 novembre, selon Kotaku et Rock Paper Shotgun, l'affaire ayant été prolongée au-delà de sa fin prévue en octobre. Deux jours plus tard, le 19 novembre, GTA VI sort.
Les discussions sur la reconnaissance syndicale sont devenues un scrutin : les salariés britanniques de Rockstar votent du 12 au 26 novembre sur la reconnaissance de la Rockstar Game Workers Union, sur un projet d'accord couvrant salaires et primes, heures supplémentaires, licenciements, travail flexible et politique d'IA générative (IWGB, via Rock Paper Shotgun). La directrice de l'édition de Rockstar, Jennifer Kolbe, a déclaré à Jason Schreier (Bloomberg) que « s'ils veulent un syndicat, ils auront un syndicat » (via Engadget). Détail complet : les salariés britanniques de Rockstar votent sur la reconnaissance syndicale.


